Rire même du radicalisme

Lydia Magnoni

 Cahiers  Faut-il pleurer, faut-il en rire ?
Le 9 juin 2017 | Mise en ligne : Lydia Magnoni

Faire rire de tout et même, et surtout des réalités les plus dramatiques, c’est ce que veut faire Ismaël Saidi. Dans Djihad, il parlait des raisons pour lesquelles des jeunes se radicalisent et partent en Syrie. Dans Géhenne, sa dernière pièce, il nous fait entrer dans l’enfer : celui d’un terroriste qui est passé à l’acte.


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Djihad avait créé une surprise, un choc. Ecrit peu avant les attentats de Charlie Hebdo, cette pièce a été mise en scène peu après. Dans Djihad, Ismaël Saidi montrait trois jeunes partis combattre en Syrie. Sans bien comprendre pourquoi. Des jeunes qui avaient épousé, par désespoir, des causes qu’on leur a présentées comme justes.
Aborder le sujet du djihadisme djihadisme mot pour pour désigner les mouvements islamistes violents et terroristes , c’était déjà très culotté. Parvenir à en faire rire et à faire réfléchir aux raisons qui poussent les jeunes à se radicaliser, c’était inespéré.
Et pourtant ! Depuis sa première représentation en janvier 2015, Djihad a touché 100.000 spectateurs en Belgique, en France, aux Pays-bas et même en Italie. Le gouvernement belge l’a reconnue d’utilité publique et elle a pu être montrée à plus de 40 000 jeunes. Chacune des représentations était suivie d’un débat avec le public. C’est de ces débats qu’est né chez Ismaël Saidi, l’envie d’écrire une « suite » à Djihad.

L’enfer dans la tête d’un terroriste

Dans Géhenne, Ismaël Saidi présente un Belge radicalisé emprisonné à vie. Il s’est fait exploser dans une école juive et a tué plusieurs enfants. Il a survécu mais a perdu l’usage de ses jambes. En prison, il rencontre un prêtre chrétien commis commis du verbe commettre, c’est faire quelque chose contre la loi : voler, tuer,... d’office et, à l’hôpital, une jeune juive très perturbée mentalement. Et petit à petit, presque malgré eux, ces trois personnages commencent à se parler…
La trame de la pièce, comme celle de Djihad est dramatique. Et comme dans Djihad l’humour est toujours présent. Il permet d’embarquer les spectateurs, et surtout les plus jeunes, dans un huis clos entre les trois personnages.

Quand on demande à Ismaël Saidi, l’origine de cette deuxième histoire, après Djihad, il répond : « D’abord une année de débat avec des jeunes et des moins jeunes, et de voir qu’il y avait encore des trucs dont on pouvait parler, que Djihad, c’était pas assez. Et puis... un an d’attentats, voire deux ans d’attentats non-stop. Et aussi ma rencontre avec des jeunes d’un mouvement de jeunesse juif que j’avais rencontrés il y a presque deux ans. On avait organisé un "shabbadan", donc un mixte de shabbat et de ramadan, et en fait, quand j’avais parlé à ces jeunes, qui étaient juste beaux, magnifiques, qui avaient 15 ou 16 ans, l’âge de mes gosses, je leur avais demandé s’ils avaient déjà vécu des insultes antisémites. Et je voyais que la plupart des gosses avaient déjà vécu ça, et qu’ils avaient peur. Ils disaient, je sais pas, les musulmans, on ne leur a rien fait, pourquoi est-ce qu’ils veulent nous tuer ? »

Elargir le débat aux autres religions

Car dans Géhenne, Ismaël Saidi élargit son propos aux autres religions. Géhenne, c’est le nom de l’enfer dans la Bible. Dans la tête du personnage principal, c’est le chaos, c’est l’enfer.
Dans ses pièces, Ismaël Saidi, musulman de culture judéo-chrétienne veut faire reculer la violence et les incompréhensions. Il parle des religions, celles qui permettent l’épanouissement personnel, pas celles qui divisent. 
Les trois personnages de Géhenne, trois âmes torturées nous font voyager dans un monde où la haine, l’antisémitisme, l’intolérance religieuse, le racisme, la violence laissent difficilement la place au dialogue. Mais quand le dialogue se noue, le radicalisme recule d’autant... et trois âmes perdues au milieu de la « Géhenne » se remettent à espérer un monde meilleur.


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