Migrant, réfugié ? Le poids des mots


 Cahiers  Frères humains
Le 13 mars 2018 | Mise en ligne : Lydia Magnoni
Auteur : Thierry Verhoeven

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » , disait l’écrivain Albert Camus. Quels mots sont utilisés pour parler des femmes, des hommes et des enfants qui fuient leur pays et cherchent refuge ailleurs ? Le mot le plus juste est le mot « exilé », malheureusement il n’est presque jamais utilisé.


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Comment faut-il appeler les personnes qui fuient la guerre et la misère et qui cherchent une protection dans un autre pays ? La question est délicate. Dans nos articles récents, nous écrivons parfois « migrants » et parfois « réfugiés ». Ce sont les mots les plus souvent utilisés dans les médias. Ce qu’il faut voir derrière ces mots ? Des êtres humains qui fuient leur région, leur pays, parce qu’il y a la guerre, des violences, la misère. Malheureusement, cette phrase est trop longue pour remplacer, à chaque fois dans un article, le mot « migrant » ou « réfugié ».

De la même façon, quand on parle de « crise des migrants » ou de « crise migratoire », il faudrait plutôt parler de crise de l’asile ou de crise de l’accueil en Europe. En effet, c’est l’Union européenne qu ne se donne pas les moyens d’accueillir dignement les migrants qui ne sont, en réalité, pas si nombreux que ça.
Remarquons que des responsables politiques opposent ceux qui seraient de "vrais réfugiés" et ceux qui seraient des "migrants économiques". Ce que nous ne faisons pas.

Si l’on veut être précis, voici les définitions plus strictes 

Migrant 
Personne en cours de migration, de déplacement. Mais le mot « migrant » n’est pas tout à fait satisfaisant car on peut être migrant simplement parce que l’on a envie de changer de pays.

Réfugié

Au sens juridique, l’article 1 de la Convention de Genève Convention de Genève règles des Nations unies qui accordent le statut de réfugié. de 1951, ratifiée par 145 pays,
définit un réfugié comme "une personne qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle, et qui du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social déterminé ou de ses opinions politiques craint avec raison d’être persécutée et ne peut se réclamer de la protection de ce pays ou en raison de ladite crainte ne peut y retourner ".

Lors de guerres comme celles de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak, de Libye le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies reconnaît automatiquement les réfugiés de ces pays. Ils n’ont pas besoin d’apporter la preuve de leur persécution, pour le HCR leur nationalité suffit. Par contre, ce sont les Etats, qui accordent le droit d’asile. Et c’est une autre précision juridique : « est considérée comme réfugiée une personne qui a déposé une demande d’asile et a obtenu le droit d’asile après avoir apporté la preuve que sa vie est sérieusement menacée dans son pays. »
Tout réfugié est donc un migrant mais tout migrant n’est pas réfugié.

Sans-papiers, clandestin

Ces mots ne sont plus beaucoup utilisés. Ils désignent des personnes qui vivent dans un pays sans en avoir le droit, sans avoir ce que l’on appelle un « titre de séjour ». Jusqu’il y a quelques années, il y avait de grandes manifestations pour régulariser les sans-papiers, c’est-à-dire pour leur donner le droit de vivre dans le pays parce qu’il y vivent depuis plusieurs années. Plusieurs pays européens, on d’ailleurs fait des lois de régularisation.

En Belgique, on estime qu’il y a environ 150 000 personnes qui vivent clandestinement,. Des associations réclament d’ailleurs une nouvelle régularisation de personnes qui vivent depuis des années dans le pays. Pour ces associations, ces hommes, femmes et enfants ne sont ni des profiteurs ni des criminels. Ils n’ont droit à rien, ou presque, et exécutent dans des conditions déplorables les boulots dont les Belges ne veulent pas.

Exilés

Le mot « exilé » est sans doute le mot le plus juste. L’exilé est une personne qui a été obligée de quitter son pays et de vivre ailleurs qu’à l’endroit où il aime vivre. Le mot n’a pas de sens juridique précis comme « réfugié » et est, par contre plus précis que « migrant ». Le mot est aussi porteur d’émotion : vivre en exil, c’est aussi vivre une douleur… Mais le mot n’est pas ou presque pas utilisé.


Auteur : Thierry Verhoeven
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