Les mots pour le dire (1)

Des ateliers animés par Franca Loi, Céline Teret, Lydia Magnoni

 Cahiers  Le pouvoir des mots
Le 8 juin 2018 | Mise en ligne : Lydia Magnoni

L’Essentiel fait souvent des animations qui préparent à des ateliers d’écriture dans des groupes d’étudiants ou d’apprenants.
Le dernier thème de réflexion proposé : les réfugiés. Une belle occasion de montrer que les mots peuvent être des outils qui expriment et façonnent notre pensée. Et qu’ils sont parfois des armes puissantes... Nous en avons recueilli quelques-uns. Morceaux choisis...


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A ma place
par Sabrina Bernard

Je voudrais rêver comme autrefois, mais je n’y arrive plus. De mes nuits passées, il ne reste rien.
De mes jours tranquilles, juste des bribes de souvenirs.
La peur domine ma vie depuis qu’ils sont arrivés et des images d’horreur m’empêchent de dormir.
Le bruit, le froid, les morts. Mon pays est en lambeaux, tout comme ma vie qui s’émiette aux bruits des bombes.
Je suis là, assise dans cette chambre froide, ma fille dormant à coté de moi. Elle a déjà vu la monstruosité des hommes et leur cruauté sans fin. Elle n’a pourtant que 6 ans.
Arme en main, je tremble de partout. Mes larmes incontrôlables m’empêchent de voir correctement. Je dois la protéger à tout prix. Je veux qu’elle quitte cet endroit terrifiant où le sang a déjà trop coulé. Je veux un avenir pour elle. Je dois encore tenir cette nuit, ensuite tout sera différent. Hier, j’ai pris la décision de tout quitter : la maison où je me suis mariée, où ma petite Emma est née, là où nos rires résonnent encore.
Mon mari est parti lorsque Emma avait 2 ans. Ce fut un coup dur, mais en tant que mère célibataire, je n’ai jamais baissé les bras. Et quand la guerre a éclaté, détruisant tout sur son passage, j’ai rassemblé toutes mes économies, vendu mes bijoux, mes vêtements et bibelots inutiles.
Et j’ai cherché, des semaines durant, un passeur capable de nous faire fuir vers un ailleurs plus paisible.
Hier, je l’ai trouvé. Il a l’air plus que louche, mais je n’ai pas le choix.
Je prendrai ce bateau, je serai une immigrante comme tant d’autres. On me traitera de profiteuse, on me crachera dessus, mais je m’en moque. L’Europe est en miettes.
Je risquerai ma vie et celle de ma fille car je n’ai plus le choix.

Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ?

Une lumière dans ce gouffre

Par Olivia Pauwels

Je suis une personne migrante. J’ai fui mon pays. La guerre parcourt les rues. Tous les jours, je vois des cadavres. Ces personnes sans vie que je connaissais. Je suis partie ou plutôt j’ai fui la mort et la guerre. Il fallait que je protège ma famille car sans elle, je ne suis rien. L’idée de perdre quelqu’un d’autre me terrorise. Suis-je prête à affronter demain dans un nouvel endroit ? Oui, du moins essayer de vivre malgré mes malheurs, mes problèmes. Je réussis, j’ai fui avec ma famille. Enfin de l’espoir, une lumière dans ce gouffre. Mais il y aura -t-il une porte avec des personnes bienveillantes pour nous accueillir, pour nous aider ? Seul demain me le révélera. Je vis au jour le jour. Maintenant, je vis avec ma famille dans ma maison. J’ai survécu ainsi que ma famille, j’ai bien fait de faire confiance à mon destin, à demain ! J’ai eu de la chance d’être tombé sur les bonnes personnes. Cette chance n’est pas pour toutes les personnes comme moi.

Des humains comme vous
par Chloé Comblez

Je suis une personne migrante et je fuis mon pays car je suis en danger. Seules la guerre et la mort règnent ici. Mais pourquoi ? Pourquoi mon pays, la Syrie, et pas un autre ? Qu’ai-je -fait pour mériter cela ? Si je pouvais, j’irais loin d’ici et je réaliserais mon rêve. Mon rêve … m’évader loin d’ici, loin de ce cauchemar. Si seulement il pouvait se réaliser … Pour garder du courage, je me dis que ce n’est qu’un cauchemar et que lorsque je me réveillerai tout cela sera fini. J’aimerais rencontrer des personnes bienveillantes avec beaucoup de gentillesse et d’amour. J’espère qu’ils m’accepteront comme je suis, même si je suis étrangère et que je suis différente. Je me demande toujours pourquoi le bonheur règne là-bas et pas ici ? Pourquoi ne sommes-nous pas acceptés par tout le monde ? Pourquoi ne pouvons-nous pas connaitre le bonheur ? Parce qu’on est migrant ? Je rappelle juste que nous sommes des humains comme vous, nous vivons juste dans l’horreur et le désastre … tout le monde devrait vivre ce que c’est avant de critiquer …


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